Les visages de la circonscription – Fabrice Screve

Enfant des services publics, Fabrice le revendique. Né à Nanterre d’« une mère courage avec trois enfants sous les bras », avec les siens ils auraient pu flancher. Ce n’est pas le cas. Nous sommes à l’orée des années 70 dans un des bastions rouges encadrant Paris, où la solidarité n’est pas un vain mot. La petite famille est prise en charge par la collectivité et son maire, Jacqueline Fraysse Cazalis. Elle permet à la jeune femme à trouver une place en logement social et un emploi.

Cette sororité a indéniablement pesé sur l’engagement féministe du quadragénaire, « J’ai su souvent m’effacer pour permettre à une femme d’être plus visible » explique-t-il avec satisfaction voire avec fierté. Lui sait plus que personne d’autres que la société tout entière a besoin d’être paritaire pour être égalitaire.

Le môme des quartiers de Nanterre devenu adulte va d’abord passer deux ans dans la gendarmerie (volontaire service long), durant deux autres années travailler comme loueur d’automobiles « avec pour consigne la rentabilité à tout prix. »  Après quoi, Fabrice se « fixe. » Il devient conducteur de bus et de tramway à la RATP (une entreprise publique !) et entre à la CGT. « Pendant longtemps, mon unique carte était syndicale » se souvient-il. Mais la lutte stimulant le besoin de transformer l’essai en se dotant de perspectives de victoires durables, la politique va frapper à sa porte. « Je n’ai pas choisi le PCF malgré mon enfance et la proximité avec les militants communistes. Écologiquement ce choix n’était pas envisageable pour moi » avoue-t-il. Le PG vient de se créer, le référendum sur le TCE est juste dans le rétroviseur et la gauche de rupture se cherche encore. Le noiséen décide d’y adhérer.

A partir de là, les batailles et les campagnes vont se succéder : municipales puisqu’il est élu comme conseiller municipal (d’opposition) avec la liste de rassemblement de gauche, Noisy Solidaire A Gauche Vraiment), départementales puis présidentielles et législatives avec Riva Gherchanoc en 2012, Dominique Delaunay en 2017, aujourd’hui avec Thomas Portes « Cette fois, on met tout en œuvre pour gagner » commente -t-il. Le militant avoue avoir sous-estimé l’influence que préserverait Emmanuel Macron. Il avait bien compris que le scrutin allait s’organiser en 3 blocs autour de 20%. Il sentait la victoire de Mélenchon à portée de main, il est déterminé à gagner un député pour la circo. « On est partout, on boite, on tient la porte à porte, on est dans les quartiers. On est de plus en plus nombreux. » raconte -t-il. Il explique encore que Thomas mène une belle campagne et que le seul argument que ses adversaires trouvent à lui objecter est qu’il serait un parachuté. Fabrice en sourit : « Thomas habite le 93, il travaille dans le 93 à la confédération nationale du logement et surtout il est Président de l’Observatoire National de l’extrême droite. Noisy-le-grand est une ville cosmopolite. Ici nous venons tous d’ailleurs, tous nés quelque part… » Pour lui la manœuvre est juste un moyen de plus d’esquiver le débat de fond.

Le débat de fond, Fabrice y revient inlassablement : le pouvoir d’achat, les services publics, les transports « le prolongement de la ligne 11 annulé alors qu’il s’agissait de désengorger le RER A, la ligne la plus fréquentée d’Europe et donc saturée », les salaires, la redistribution sociale, l’égalité de droits. Il parle encore des obstacles et parfois des murs que rencontrent les jeunes : il voit avec son aîné de 21 ans combien « il est dur d’avoir 20 ans dans la France de 2022. »  C’est le seul moment où l’agent RATP reprendra les mots de Macron, mais cela ne vaut pas soutien.  Pour ses deux fils comme pour sa femme c’est l’élection de Thomas Portes et d’une majorité de députés NUPES que Fabrice entend arracher le 19 juin. 

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