Sous-Traitance : Un Habile Contournement des Protections sociales qu’il faut stopper

À la suite de sollicitations de travailleurs sous-traitants, j’ai décidé d’organiser les assises de la sous-traitance le jeudi 15 juin.

Ces assises sont un moment fondamental dans l’amorce d’une lutte qui ne trouvera son point d’orgue qu’en la régulation et la légifération des mécanismes de la sous-traitance. Plusieurs invités se sont succédés au long de la journée, partageant de nombreux témoignages permettant de reconstruire, par la variété des expériences partagées, le puzzle complexe de la situation actuelle des sous-traitants en France.

En un mot : la lutte est lancée contre les abus de pouvoir des donneurs d’ordres, qui participent à une précarisation injuste et organisée des sous-traitants, des travailleurs.


Depuis les années 80, nous assistons en France à une augmentation drastique du recours à la sous-traitance, à tel point qu’aujourd’hui, plus de 9 entreprises sur 10 sont intriquées dans ce système. C’est un problème.

C’est un problème parce qu’en l’état, la sous-traitance ne représente pas une alternative magique qui permet de palier aux défauts de productions des entreprises qui peuvent alors déléguer certaines tâches, certains modules de production à des sous-traitants, mais bien un moyen de détourner les protections salariales dans le but de gonfler le chiffre d’affaires.

L’objectif premier des donneurs d’ordre, n’est pas de pouvoir déléguer, rendre plus fluide une production qui ne serait pas aussi efficace si internalisée, mais bien fuir la relation salariale qui octroie une protection sociale aux travailleurs. Ce comportement est inadmissible. L’humain devient une matière malléable servant à l’optimisation du chiffre d’affaires, plus aucune considération n’est donnée à la sécurité, au respect du travailleur sous-traitant.

À ce titre, le cas d’Hervé est très parlant, pour ne pas dire révoltant : ce dernier s’est vu accordé un budget chaque année plus restreint pour un objectif de livraison toujours plus exigeant. La situation violente qu’il a subi lui donnait la liberté de choisir deux voies : le suicide ou la soumission, la soumission menant elle-même fatalement à la faillite. Hervé a choisi une troisième voie, celle de lutter pour dénoncer un système de magouilles généralisées. Ce n’est pas une situation louable.

La sous-traitance, c’est de la maltraitance, c’est une précarisation progressive au nom du profit, d’une logique éminemment capitaliste : le capital prend le pas sur la sécurité du travailleur. La précarisation est d’autant plus violente qu’une entreprise sous-traitante dépend dans plus la moitié des cas à 90% d’un seul donneur d’ordre, et si celui-ci rompt la relation avec lui du jour au lendemain, c’est la clé sous la porte assurée pour le sous-traitant : ça n’est rien d’autre qu’un abject abus de domination.

La sous-traitance n’organise pas seulement la précarisation violente du travailleur au prisme de l’injonction du chiffre d’affaire, des marges toujours plus grandes, mais annihile également toute possibilité de contestation. C’est également pour cette raison que la sous-traitance devient un pain béni pour certaines entreprises au code du travail flexible.

La sous-traitance, en effet, est la fragmentation du corps des travailleurs. Les travailleurs sous-traitants, isolés, font partie en général de petites entreprises et rien ne leur permet de réellement se regrouper de sorte qu’ils ne disposent pas de syndicat représentant leur cause. Ils sont aujourd’hui les oubliés de la lutte, alors même qu’ils polarisent toutes les luttes. La sous-traitance se présente comme l’une des modalités du contournement des protections salariales, dont la logique consiste à faire éclater formellement le collectif de travail tout en maintenant l’unité réelle du capital.

À compter du moment où l’on comprend que la sous-traitance maintient cet « esclavagisme décoré » comme aime à l’appeler la députée Rachel Keke, ancienne femme de ménage dont la lutte nous a tous impressionnés, la solution est toute trouvée : la mobilisation. Le travail législatif doit et a besoin d’être appuyé par le soulèvement des travailleurs de la sous-traitance, mais pour cela, il est nécessaire de leur donner le moyen de faire corps contre les donneurs d’ordre. C’est le rouage de ce système de précarisation : l’ablation de la conscience de classe, empêchant la convergence d’une mosaïque de luttes. Seulement, comme le précise Manuel Bompard, il ne suffit que de quelques grains de sables pour mettre au défi le bon fonctionnement du mécanisme de la sous-traitance.


C’est l’objet de notre lutte, qui voit une convergence de tous les secteurs pour la porter : le travail législatif des députés, le soutien des avocats, les témoignages et les actions de celles et ceux qui sont aux premières lignes, sous-traitants et travailleurs. Ensemble, nous sommes plus fort. Portons cette lutte et mettons fin au contournement du salariat !

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